Par Kosisochukwu Charity Ani

La guerre civile au Soudan reste au cœur des préoccupations internationales. Depuis le 15 avril 2023, le conflit opposant les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) mobilise dirigeants et organisations à travers le monde, appelant à une résolution pacifique.

Mais au Kenya, une controverse liée à cette crise vient d’éclater. Korir Sing'oei, secrétaire principal aux Affaires étrangères, est sous le feu des critiques après avoir partagé sur X (anciennement Twitter) une vidéo générée par intelligence artificielle. Présentée comme un extrait d’une émission de CNN, elle met en scène le journaliste Fareed Zakaria saluant les efforts du Kenya dans la diplomatie de paix au Soudan. Or, cette vidéo est un « deepfake ».

Dans son message accompagnant la publication, Korir Sing'oei écrivait : « Pour ceux qui doutent de la sincérité de la diplomatie de paix du Kenya, voici une évaluation réfléchie de l'expert en politique étrangère de CNN, Fareed Zakaria. » Une légende qui a rapidement attiré l’attention des internautes.

Une vague d’indignation sur les réseaux sociaux

Très vite, les utilisateurs de X ont identifié la supercherie et dénoncé la diffusion d’une fausse information. Les critiques ont fusé, appelant le secrétaire principal à supprimer la vidéo et à éviter ce type de pratiques. Beaucoup y ont vu une nouvelle bévue du ministère des Affaires étrangères, craignant une détérioration de l’image du Kenya à l’international.

Face à la polémique, Korir Sing'oei a supprimé la vidéo et présenté des excuses publiques. Mais pour de nombreux Kényans, l’affaire illustre un problème plus profond : la montée de la désinformation au sein même du gouvernement. Certains ont estimé que seule une démission ou une réaffectation pourrait restaurer la crédibilité du ministère.

Un avertissement sur les dangers de la désinformation

Cette affaire intervient alors que les autorités kényanes alertent sur les dangers croissants de la désinformation. Noordin Haji, directeur du Service national de renseignement, a mis en garde contre l’usage abusif de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux pour manipuler l’opinion publique.

Lors d’un symposium à la National Intelligence Research University (NIRU), il a souligné que « si l'accès à l'information est essentiel à la gouvernance démocratique, la propagation de fausses informations constitue une menace réelle ». Il a insisté sur l’urgence de renforcer la lutte contre la désinformation en appelant à « la construction d’écosystèmes d’information robustes ».

Le vice-président du Kenya, Kithure Kindiki, a lui aussi réagi, appelant les citoyens à une utilisation responsable des réseaux sociaux. « Les Kényans ont le droit de demander des comptes au gouvernement, mais cela doit se faire avec respect et sur la base de faits vérifiés », a-t-il déclaré, dénonçant les critiques basées sur des informations trompeuses.

Une crise de confiance en jeu

L’affaire Korir Sing'oei met en lumière les défis liés à l’essor de la désinformation et du contenu généré par l’IA. Si la suppression rapide de la vidéo et les excuses du responsable ont permis d’apaiser la controverse, l’incident soulève une question de fond : celle de la fiabilité des dirigeants et de la responsabilité dans la diffusion de l’information.

Pour le Kenya, comme pour de nombreux pays, l’enjeu est de trouver un équilibre entre liberté d’expression et contrôle de la désinformation. Comme le rappelle Noordin Haji, la diffusion de fausses informations peut éroder la confiance du public envers les institutions et fragiliser la gouvernance.

Cet épisode souligne donc l’urgence, pour les responsables publics, d’adopter une approche plus rigoureuse dans la vérification des faits avant toute publication. À l’ère du numérique, la responsabilité dans le partage de l’information ne peut plus être un simple choix, mais une nécessité.