L’éminent avocat des droits de l’homme, Femi Falana (SAN), a engagé une action en justice contre Meta Platforms Inc., la société mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, réclamant 5 millions de dollars de dommages et intérêts. Il accuse l’entreprise d’avoir violé son droit à la vie privée en autorisant la diffusion d’une publicité mensongère sur Facebook, suggérant à tort qu’il aurait souffert de prostatite pendant 16 ans.
Une publicité trompeuse exploitant l’image de Femi Falana
Dans cette publicité diffusée sur la page Facebook AfriCare Health Centre, Femi Falana est présenté comme ayant souffert de douleurs chroniques, de fatigue et de troubles urinaires liés à la prostatite. La publication affirme qu'il aurait guéri grâce à un « remède miracle ». L’avocat dément catégoriquement ces allégations, dénonçant une exploitation abusive de son identité pour promouvoir un produit de santé douteux.
Déposée le 3 février 2025 devant la Haute Cour de l’État de Lagos, l’action en justice s’appuie sur l’article 37 de la Constitution nigériane et la loi nigériane de 2023 sur la protection des données, arguant que l'utilisation non autorisée de son image constitue une atteinte à sa vie privée. Falana exige que Meta retire immédiatement la vidéo litigieuse et réclame 5 millions de dollars en compensation pour les préjudices subis.
L’avocat souligne également la responsabilité de Meta dans cette affaire, accusant la plateforme de privilégier l’engagement des utilisateurs au détriment de la véracité des contenus et du respect de l’éthique. Il estime que cette publicité l’a exposé à la moquerie publique et a terni son image.
Meta sous le feu des critiques pour ses pratiques en matière de données
Cette plainte intervient alors que Meta fait l’objet d’un examen minutieux pour ses pratiques en matière de protection des données. En janvier, l’entreprise a supprimé son programme de fact-checking et introduit un système de "notes de la communauté", censé permettre aux utilisateurs de vérifier les faits entre eux. Cette décision a suscité des inquiétudes quant à l’augmentation de la désinformation sur ses plateformes.
Le tribunal n’a pas encore fixé de date d’audience pour cette affaire. Toutefois, si Meta était reconnue coupable, cela constituerait un nouveau revers juridique pour l’entreprise, déjà sanctionnée à plusieurs reprises pour des manquements à la protection des données personnelles.
En juillet 2024, la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs du Nigéria (FCCPC) a infligé à Meta une amende de 220 millions de dollars pour transfert et partage non autorisés de données personnelles, après une enquête conjointe de 38 mois menée avec la Commission nigériane de protection des données.
Par ailleurs, en mai 2023, Meta a écopé d’une amende record de 1,2 milliard d’euros (1,3 milliard de dollars) de la part de la Commission de protection des données (DPC) d’Irlande, pour non-respect des règles du RGPD. L’entreprise a été reconnue coupable d’avoir transféré des données personnelles d’utilisateurs européens vers les États-Unis sans garanties suffisantes de protection des données.
Une pression croissante sur Meta
Au fil des années, Meta a accumulé plus de 3 milliards de dollars d’amendes pour diverses infractions liées à la vie privée et à la gestion des données personnelles. L’action en justice intentée par Femi Falana constitue un signal d’alarme supplémentaire pour l’entreprise, qui devra réévaluer ses pratiques en matière de modération des contenus, de vérification des faits et de respect de la vie privée.
Alors que la désinformation prolifère sur les réseaux sociaux, cette affaire pose une question cruciale : les plateformes numériques doivent-elles assumer une plus grande responsabilité dans la lutte contre la manipulation de l’information et la protection des droits individuels ?
Par Kosisochukwu Charity Ani